21 février 2007
A tout peser à bien choisir...
Cette chanson parle à toutes les femmes, pas celles des papiers glacés, qui ne sont que 2% de la totalité de la population féminine mondiale, mais les vraies femmes, celles qui, jours après jours, font face à la vie, à ses multiples taracs, à ses petites et grandes joies...
A tout peser à bien choisir
Un petit bout de femme en vrai
Qui parle pas le japonais
Qui ne se prend pas pour une déesse
Un peu serrée dans son deux pièces
Dans un canon de magazine
Dans ses dessous de cellophane
Ramper debout dans la benzine
Qui fait semblant d’être une femme
Un petit bout de rien du tout
Les mains croisées sur ses genoux
Avec des airs de sainte nitouche
Qui fait ha ha quand je la touche
Pas une gravure aux yeux bidons
Sur un panneau publicitaire
Qui se donne l’air sur son carton
De pouvoir m’envoyer en l’air
A tout peser à bien choisir
J’aime mieux tenir que trop courir
J’aime mieux me dire que te mentir
Et je préfère
Quand vient la nuit
Une femme à moi
Qu’une fille dans lui
Un bout de femme mais de bon goût
Qui le charme sous ses dessous
Et puis dessus sur sa boutique
Les parfums chics de Prisunic
Pas une diva amidonnée
Qui se trémousse à la télé
Avec ses seins inanimés
Qui voudraient bien me faire aimer
A tout peser à bien choisir
J’aime mieux tenir que trop courir
J’aime mieux me dire que te mentir
Et je préfère
Quand vient la nuit
Une femme à moi
Qu’une fille dans lui
Un bout de femme et son caddie
Dans les rayons de chez Tatie
Fringuée comme un rhinocéros
Mais une vraie femme de chair et d’os
Pas la diva, pas le canon
Pas la gravure, pas le carton
Pas le panneau publicitaire
Mais une femme
Qui veuille bien faire
28 août 2006
Renaud/album Marchand de cailloux
Dis Papa, quand c'est qu'y passe
Le marchand d' cailloux
J'en voudrais dans mes godasses
A la place des joujoux
Avec mes copines en classe
On comprend pas tout
Pourquoi des gros dégueulasses
Font du mal partout
Pourquoi les enfants de Belfast
Et d' tous les ghettos
Quand y balancent un caillasse
On leur fait la peau
J' croyais qu' David et Goliath
Ça marchait encore
Les plus p'tits pouvaient s' débattrent
Sans être les plus morts
Dis Papa, quand c'est qu'y passe
Le marchand d' liberté
Il en a oublié un max
En f'sant sa tournée
Pourquoi des mômes crèvent de faim
Pendant qu'on étouffe
D'vant nos télés, comme des crétins
Sous des tonnes de bouffe
Dis Papa, quand c'est qu'y passe
Le marchand d' tendresse
S'il est sur l' trottoir d'en face
Dis-y qu'y traverse
J' peux lui en r'filer un peu
Pour ceux qu'en ont b'soin
J'en ai r'çu tellement mon vieux
Qu' j' peux en donner tout plein
J' veux partager mon Mac Do
Avec ceux qui ont faim
J' veux donner d'amour bien chaud
A ceux qu'on plus rien
Est-ce que c'est ça être coco
Ou être un vrai chrétien
Moi j' me fous de tous ces mots
J' veux être un vrai humain
Dis Papa, tous ces discours
Me font mal aux oreilles
Même ceux qui sont plein d'amour
C'est kif-kif-pareil
Ça m' fais comme des trous dans la tête
Ça m' pollue la vie et tout
Ça fait qu' je vois sur ma planète
Des ‘Inti Fada' partout
Dis Papa, quand c'est qu'y passe
Le marchand d' cailloux
J'en voudrais dans mes godasses
A la place des joujoux
Et p't être que sur ta guitare
J'en jetterai aussi
Si tu t' sers de moi, trouillard
Pour chanter tes conneries
Et p't être que sur ta guitare
J'en jetterai aussi
Si tu t' sers de moi, trouillard
Pour chanter tes conneries
Renaud/album Boucan d'enfer/2002
Manhattan Kaboul
Petit Portoricain, bien intégré quasiment New-yorkais
Dans mon building tout de verre et d’acier,
Je prends mon job, un rail de coke, un café,
Petite fille Afghane, de l’autre côté de la terre,
Jamais entendu parler de Manhattan,
Mon quotidien c’est la misère et la guerre
Deux étrangers au bout du monde, si différents
Deux inconnus, deux anonymes, mais pourtant,
Pulvérisés, sur l’autel, de la violence éternelle
Un 747, s’est explosé dans mes fenêtres,
Mon ciel si bleu est devenu orage,
Lorsque les bombes ont rasé mon village
Deux étrangers au bout du monde, si différents
Deux inconnus, deux anonymes, mais pourtant,
Pulvérisés, sur l’autel, de la violence éternelle
So long, adieu mon rêve américain,
Moi, plus jamais esclave des chiens
Vite imposé l’islam des tyrans
Ceux là ont-ils jamais lu le coran ?
Suis redev’nu poussière,
Je s’rai pas maître de l’univers,
Ce pays que j’aimais tellement serait-il
Finalement colosse aux pieds d’argile ?
Les dieux, les religions,
Les guerres de civilisation,
Les armes, les drapeaux, les patries, les nations,
Font toujours de nous de la chair à canon
Deux étrangers au bout du monde, si différents
Deux inconnus, deux anonymes, mais pourtant,
Pulvérisés, sur l’autel, de la violence éternelle
Deux étrangers au bout du monde, si différents
Deux inconnus, deux anonymes, mais pourtant,
Pulvérisés, sur l’autel, de la violence éternelle.
Renaud/album Putain de camion/1988
La mère à Titi
Sur la tabl' du salon
Qui brille comme un soulier
Y a un joli napp'ron
Et une huitr'-cendrier
Y a des fruits en plastique
Vach'ment bien imités
Dans une coupe en cristal
Vach'ment bien ébréchée
Sur le mur, dans l'entrée
Y a les cornes de chamois
Pour accrocher les clés
D' la cave où on va pas
Les statuettes africaines
Côtoient sur l'étagère
Les p'tites bestioles en verre
Saloperies vénitiennes
C'est tout p'tit, chez la mère à Titi
C'est un peu l'Italie
C'est l' bonheur, la misère et l'ennui
C'est la mort, c'est la vie
Y a une belle corrida
Sur un moche éventail
Posé au d'ssus du sofa
Comme un épouvantail
Sur la dentelle noire
Y a la mort d'un taureau
Qui a du mal à croire
Qu'il est plus sous Franco
Y a une pauvre vierge
Les deux pieds dans la flotte
Qui se couvre de neige
Lorsque tu la gigotes
Le baromètr' crétin
Dans l'ancre de marine
Et la photo du chien
Tirée d'un magazine
C'est tout p'tit, chez la mère à Titi
Mais y a tout c' que j' te dis
C'te femme là, si tu la connais pas
T'y crois pas, t'y crois pas
Sur la télé qui trône
Un jour j'ai vu un livre
J' crois qu' c'était “Le Grand Meaulnes”
Près d' la marmite en cuivre
Dans le porte-journeaux
En rotin tu t'en doutes
Y a Nous-Deux, l' Figaro
L' Catalogue d' la Redoute
Pi au bout du couloir
Y a la piaule à mon pote
Où vivent ses guitares
Son blouson et ses bottes
Sa collec' de B.D.
Et au milieu du souk
Le mégot d'un tarpé
Et un vieux New Look
C'est tout p'tit, chez la mère à Titi
Le Titi y s'en fout
Y m' dit qu' sa vie est toute petite aussi
Et qu' chez lui, c'est partout
Quand y parle de s' barrer
Sa mère lui dit qu'il est louf'
Qu'il est même pas marié
Qu' ses gonzesses sont des pouffes
Et qu' si y s'en allait
Pas question qu'y revienne
Avec son linge sale à laver
A la fin d' chaque semaine
Alors y reste là
Ettouffé mais aimé
S'occupe un peu des chats
En attendant d' bosser
Y voudrait faire chanteur
Sa mère y croit d'ailleurs
Vu qu'il a une belle voix
Comme avait son papa
C'est tout p'tit, chez la mère à Titi
C'est un peu l'Italie
C'est l' bonheur, la misère et l'ennui
C'est la mort, c'est la vie
Renaud/album Laisse béton/1977
Laisse béton
J'étais tranquille j'étais peinard
Accoudé au flipper
Le type est entré dans le bar
A commandé un jambon beurre
Et y s'est approché de moi
Et y m'a regardé comme ça:
"T'as des bottes
Mon pote
Elles me bottent
J'parie qu'c'est des santiags
Viens faire un tour dans l'terrain vague
J'vais t'apprendre un jeu rigolo
A grands coups de chaines de vélo
J'te fais tes bottes à la baston"
Moi j'lui dis: "laisse béton"
Y m'a filé une beigne
J'lui ai filé une torgnolle
Y m'a filé une châtaigne
J'lui ai filé mes groles
J'étais tranquille j'étais pénard
Accoudé au comptoir
Le type est entré dans le bar
A commandé un café noir
Pis y m'a tapé sur l'épaule
Puis y m'a r'gardé d'un air drôle:
"T'as un blouson
Mecton
L'est pas bidon
Moi j'me les gèle sur mon scooter
Avec ça j's'rai un vrai rocker
Viens faire un tour dans la ruelle
J'te montrerai mon Opinel
J'te chourav'rai ton blouson"
Moi j'lui dis: "Laisse béton"
Y m'a filé une beigne
J'lui ai filé un marron
Y m'a filé une châtaigne
J'ui ai filé mon blouson
J'étais tranquille j'étais pénard
Je réparais ma mobylette
Le type a surgi sur l'boul'vard
Sur sa grosse moto super chouette
S'est arrêté l'long du trottoir
Et m'a regardé d'un air bête:
"T'as l'même blue jean
Que James Dean
T'arrêtes ta frime
J'parie qu'c'est un vrai Lévis Strauss
Il est carrément pas craignos
Viens faire un tour derrière l'église
Histoire que je te dévalise
A grands coups de ceinturon"
Moi j'lui dis:"Laisse béton"
Y m'a filé une beigne
J'lui ai filé une mandale
Y m'a filé une châteigne
J'lui ai filé mon futal
La morale de cette pauvre histoire
C'est qu'quand t'es tranquille et peinard
Faut pas trop traîner dans les bars
A moins d'être fringuer en costard
Quand à la fin d'une chanson
Tu t'retrouve à poil sans tes bottes
Faut avoir d'l'imagination
Pour trouver une chute rigolote.
J'suis une bande de jeunes
Mes copains sont tous en cabane
Ou a l'armée ou à l'usine
Y se sont rangés des bécanes
Y a plus d'jeunesse tient ça m'déprime
Alors pour mettre un peu d'ambiance
Dans mon quartier de vieux débris
J'ai groupé toutes mes connaissances
Intellectuelles et c'est depuis
Que j'suis une bande de jeunes
A moi tout seul
Je suis une bande de jeunes
Je m'fends la gueule
Je suis le chef et le sous chef
Je suis Fernand le rigolo
Je suis le p'tit gros à lunettes
Je suis Robert le grand costaud
Y a plus d'problème de hiérarchie
Car c'est toujours moi qui commande
C'est toujours moi qui obéit
Faut d'la discipline dans une bande
Je suis une bande jeunes
A moi tout seul
Je suis une bande de jeunes
Je m'fends la gueule
Quand j'débarque au bistrot du coin
Pis qu'un mec veut m'agresser
Bah moi aussitôt j'interviens
C'est beau la solidarité
Quand je croise la bande à Pierrot
Y sont beaucoup plus nombreux
Ça bastonne comme à Chicago
C'est vrai qu'dans sa bande y sont deux
Je suis une bande de jeunes
A moi tout seul
Je suis une bande de jeunes
Je m'fends la gueule
Quand dans ma bande y a du rififi
Je m'téléphone, je m'fais une bouffe
J'fais un colloque j'me réunis
C'est moi qui parle et c'est moi qu'écoute
Parfois j'm'engueule pour une soute
Qu'est amoureuse de toute ma bande
Alors la sexualité de groupe
Y a rien de tel pour qu'on s'entende
Je suis une bande de jeunes
A moi tout seul
Je suis une bande de jeunes
Je m'fends la gueule
Quand j'me balade en mobylette
On dirait l'équipée sauvage
Quinze décibels c'est la tempête
Dans tout le voisinage
Et pis si un jour en banlieue
Toute ma bande est décimée
Par une toute une bande de vieux
Je me battrai jusqu'au dernier
Car je suis une bande de jeunes
A moi tout seul
Je suis une bande de jeunes
Je m'fends la gueule
I'm a poor lonesome young band
I feel alone
I'm a poor lonesome young band
Y break my gueule
Renaud/album Renaud à Bobino/1980
It is not because you are
When I have rencontred you,
You was a jeune fille au pair,
And I put a spell on you,
And you roule a pelle to me.
Together we go partout
On my mob il was super
It was friday on my mind,
It was story d'amour.
It is not because you are,
I love you because I do
C'est pas parc' que you are me qu'I am you.
You was really beautiful
In the middle of the foule.
Don't let me misunderstood,
Don't let me sinon I boude.
My loving, my marshmallow,
You are belle and I are beau
You give me all what You have
I say thank you, you are bien brave.
It is not because you are,
I love you because I do
C'est pas parc'que you are me qu'I am you.
I wanted marry with you,
And make love very beaucoup,
To have a max of children,
Just like Stone and Charden.
But one day that must arrive,
Together we disputed.
For a stupid story of fric,
We decide to divorced.
It is not because you are,
I love you because I do
C'est pas parc' que you are me qu'I am you.
You chialed comme une madeleine,
Not me, I have my dignité.
You tell me : you are a sale mec !
I tell you : poil to the bec !
That's comme ça that you thank me
To have learning you english ?
Eh ! That's not you qui m'a appris,
My grand father was rosbeef !
It is not because you are,
I love you because I do
C'est pas parc' que you are me qu'I am you.
Renaud/album Morgane de toi/1983
En cloque
Elle a mis sur l' mur
Au dessus du berceau
Une photo d'Arthur
Rimbaud
Avec ses cheveux en brosse
Elle trouve qu'il est beau
Dans la chambre du gosse
Bravo
Déjà les p'tits anges
Sur le papier peint
J' trouvais ça étrange
J' dis rien
Elle me font marrer
Ses idées loufoques
Depuis qu'elle est
En cloque
Elle s' réveille la nuit
Veut bouffer des fraises
Elle a des envies
Balaises
Moi, j' suis aux p'tits soins
J' me défonces en huit
Pour qu'elle manque de rien
Ma p'tite
C'est comme si j' pissais
Dans un violoncelle
Comme si j'existais
Plus pour elle
Je m' retrouve planté
Tout seul dans mon froc
Depuis qu'elle est
En cloque
Le soir elle tricote
En buvant d' la verveine
Moi j' démêle ses pelotes
De laine
Elle use les miroirs
A s' regarder dedans
A s' trouver bizarre
Tout le temps
J' lui dit qu'elle est belle
Comme un fruit trop mûr
Elle croit qu' je m' fous d'elle
C'est sûr
Faut bien dire s' qu'y est
Moi aussi j' débloque
Depuis qu'elle est
En cloque
Faut qu' j' retire mes grolles
Quand j' rentre dans la chambre
Du p'tit rossignol
Qu'elle couve
C'est qu' son p'tit bonhomme
Qu'arrive en Décembre
Elle le protège comme
Une louve
Même le chat pépère
Elle en dit du mal
Sous prétexte qu'il perd
Ses poils
Elle veut plus l' voir traîner
Autour du paddock
Depuis qu'elle est
En cloque
Quand j' promène mes mains
D' l'autre côté d' son dos
J' sens comme des coups de poings
Ça bouge
J' lui dis "t'es un jardin"
"Une fleur, un ruisseau"
Alors elle devient
Toute rouge
Parfois c' qu'y m' désole
C' qu'y fait du chagrin
Quand j' regarde son ventre
Puis l' mien
C'est qu' même si j' devenais
Pédé comme un phoque
Moi j' serai jamais
En cloque.
Dès que le vent soufflera
C'est pas l'homme qui prend la mer
C'est la mer qui prend l'homme, Tatatin
Moi la mer elle m'a pris
Je m' souviens un Mardi
J'ai troqué mes santiags
Et mon cuir un peu zone
Contre une paire de docksides
Et un vieux ciré jaune
J'ai déserté les crasses
Qui m' disaient "Sois prudent"
La mer c'est dégueulasse
Les poissons baisent dedans
{Refrain:}
Dès que le vent soufflera
Je repartira
Dès que les vents tourneront
Nous nous en allerons
C'est pas l'homme qui prend la mer
C'est la mer qui prend l'homme
Moi la mer elle m'a pris
Au dépourvu tans pis
J'ai eu si mal au cœur
Sur la mer en furie
Qu' j'ai vomi mon quatre heures
Et mon minuit aussi
J' me suis cogné partout
J'ai dormi dans des draps mouillés
Ça m'a coûté ses sous
C'est d' la plaisance, c'est le pied
{Refrain}
Ho ho ho ho ho hissez haut ho ho ho
C'est pas l'homme qui prend la mer
C'est la mer qui prend l'homme
Mais elle prend pas la femme
Qui préfère la campagne
La mienne m'attend au port
Au bout de la jetée
L'horizon est bien mort
Dans ses yeux délavés
Assise sur une bitte
D'amarrage, elle pleure
Son homme qui la quitte
La mer c'est son malheur
{Refrain}
C'est pas l'homme qui prend la mer
C'est la mer qui prends l'homme
Moi la mer elle m'a pris
Comme on prend un taxi
Je ferai le tour du monde
Pour voir à chaque étape
Si tous les gars du monde
Veulent bien m' lâcher la grappe
J'irais aux quatre vents
Foutre un peu le boxon
Jamais les océans
N'oublieront mon prénom
{Refrain}
Ho ho ho ho ho hissez haut ho ho ho
C'est pas l'homme qui prend la mer
C'est la mer qui prends l'homme
Moi la mer elle m'a pris
Et mon bateau aussi
Il est fier mon navire
Il est est beau mon bateau
C'est un fameux trois mats
Fin comme un oiseau {Hissez haut}
Tabarly, Pageot
Kersauson ou Riguidel
Naviguent pas sur des cageots
Ni sur des poubelles
{Refrain}
C'est pas l'homme qui prend la mer
C'est la mer qui prends l'homme
Moi la mer elle m'a pris
Je m' souviens un Vendredi
Ne pleure plus ma mère
Ton fils est matelot
Ne pleure plus mon père
Je vis au fil de l'eau
Regardez votre enfant
Il est parti marin
Je sais c'est pas marrant
Mais c'était mon destin
{Refrain 3x}
Dès que le vent soufflera
Nous repartira
Dès que les vents tourneront
Je me n'en allerons
Renaud/album Marche à l'ombre/1980
Dans mon HLM
Au rez-d'-chaussée, dans mon HLM
Y a une espèce de barbouze
Qui surveille les entrées,
Qui tire sur tout c' qui bouge,
Surtout si c'est bronzé,
Passe ses nuits dans les caves
Avec son Beretta,
Traque les mômes qui chouravent
Le pinard aux bourgeois.
Y s' recrée l'Indochine
Dans sa p'tite vie d' peigne cul.
Sa femme sort pas d' la cuisine,
Sinon y cogne dessus.
Il est tellement givré
Que même dans la Légion
Z'ont fini par le j'ter,
C'est vous dire s'il est con!
Putain c' qu'il est blême, mon HLM!
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime!
Au premier, dans mon HLM,
Y a l' jeune cadre dynamique,
Costard en alpaga,
C'ui qu'a payé vingt briques
Son deux pièces plus loggia.
Il en a chié vingt ans
Pour en arriver là,
Maintenant il est content
Mais y parle de s' casser.
Toute façon, y peut pas,
Y lui reste à payer
Le lave vaisselle, la télé,
Et la sciure pour ses chats,
Parc' que naturellement
C' bon contribuable centriste,
Il aime pas les enfants,
C'est vous dire s'il est triste!
Putain c' qu'il est blême, mon HLM!
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime!
Au deuxième, dans mon HLM,
Y a une bande d'allumés
Qui vivent à six ou huit
Dans soixante mètres carrés,
Y a tout l' temps d' la musique.
Des anciens d' soixante-huit,
Y'en a un qu'est chômeur
Y'en a un qu'est instit',
Y'en a une, c'est ma sœur.
Y vivent comme ça, relax
Y a des mat'lats par terre,
Les voisins sont furax;
Y font un boucan d'enfer,
Y payent jamais leur loyer,
Quand les huissiers déboulent
Y écrivent à Libé,
C'est vous dire s'ils sont cools!
Putain, c' qu'il est blême, mon HLM!
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime!
Au troisième, dans mon HLM;
Y a l'espèce de connasse,
Celle qui bosse dans la pub',
L'hiver à Avoriaz,
Le mois d' juillet au Club.
Comme toutes les décolorées,
Elle a sa Mini-Cooper,
Elle allume tout l' quartier
Quand elle sort son cocker.
Aux manifs de gonzesses,
Elle est au premier rang,
Mais elle veut pas d'enfants
Parc' que ça fait vieillir,
Ça ramollit les fesses
Et pi ça fout des rides,
Elle l'a lu dans l'Express,
C'est vous dire si elle lit!
Putain c' qu'il est blême, mon HLM!
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime!
Au quatrième, dans mon HLM,
Y a celui qu' les voisins
Appellent " le communiste ",
Même qu'ça lui plaît pas bien,
Y dit qu'il est trotskiste!
J'ai jamais bien pigé
La différence profonde,
Y pourrait m'expliquer
Mais ça prendrait des plombes.
Depuis sa pétition,
Y a trois ans pour l' Chili,
Tout l'immeuble le soupçonne
A chaque nouveau graffiti,
N'empêche que " Mort aux cons "
Dans la cage d'escalier,
C'est moi qui l'ai marqué,
C'est vous dire si j'ai raison!
Putain c' qu'il est blême, mon HLM!
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime!
Pi y a aussi, dans mon HLM,
Un nouveau romantique,
Un ancien combattant,
Un loubard, et un flic
Qui s' balade en survêtement
Y fait chaque jour son jogging
Avec son berger all'mand,
De la cave au parking,
C'est vachement enrichissant.
Quand j'en ai marre d' ces braves gens
J' fais un saut au huitième
Pour construire un moment
'vec ma copine Germaine,
Un monde rempli d'enfants.
Et quand l' jour se lève
On s' quitte en y croyant,
C'est vous dire si on rêve!
Putain c' qu'il est blême, mon HLM!
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime!
Les aventures de Gérard Lambert
Quatorze Avril 77
Dans la banlieue où qui fait nuit
La petite route est déserte
Gérard Lambert rentre chez lui
Dans le lointain les mobylettes poussent des cris...
Ça y' est j'ai planté le décor
Créé l' climat de ma chanson
Ça sent la peur ça pue la mort
j'aime bien c' t' ambiance pas vous? ah bon...
Voici l'histoire proprement dite
voici l'intrigue de ma chanson
Gérard Lambert roule très vite
Le vent s'engouffre dans son blouson
Dans le lointain les bourgeois dorment comme des cons
Lorsque soudain survient le drame
Juste à la sortie d'un virage
Y a plus d'essence dans la bécane
Gérard Lambert est fou de rage!
T'aurais pas dû Gérard Lambert
Aller ce soir là à Rungis
T'aurais dû rester chez ta mère
Comme un bon fils
Il met sa mob sur la béquille
s'assied par terre et réfléchit:
Dans cette banlieue de bidonvilles
Y a pas un pompe ouverte la nuit!
Dans le lointain y a une sirène qui s'évanouit...
Qu'est ce que j' vais faire bordel de dieu?
J' vais quand même pas rentrer à pied!
Plus y s'angoisse moins ça va mieux
Quand soudain lui surgit une idée:
J' vais siphonner un litre ou deux
Dans l' réservoir de cette bagnole
Et pis après j'y crève les pneus
Comme ça gratuitement par plaisir
Faut bien que j' me défoule un peu
J' suis énervé...
Une fois son forfait accompli
Gérard Lambert va repartir
La mobylette veut rien savoir
C'est le bon Dieu qui l'a puni!
T'aurais pas dû Gérard Lambert
Aller ce soir là à Rungis
T'aurais dû rester chez ta mère
Comme un bon fils
Alors pendant une demi heure
Dans son moteur il tripatouille
Il est crevé il est en sueur
Il a du cambouis jusqu'aux couilles
Dans le lointain le jour se lève
Comme d'habitude
A c' moment là un mec arrive
Un p'tit loubard aux cheveux blonds
Et qui lui dit comme dans les livres:
" S'te plaît dessine moi un mouton
Une femme à poil ou un calibre
Un cran d'arrêt une mobylette
Tout c' que tu veux mon pote t'es libre
Mais dessine moi quequ' chose de chouette!
Dans le lointain y' s' passe plus rien
Du moins il me semble...
Alors d'un coup d' clé à molette
Bien placé entre les deux yeux
Gérard Lambert éclate la tête
Du Petit Prince de mes deux!
Faut pas gonfler Gérard Lambert
Quand y répare sa mobylette
C'est la morale de ma chanson
Moi j' la trouve chouette
Pas vous ? ah bon...










